lundi 25 mai 2026

AUDIOVISUEL PUBLIC : PLACE AU DÉBAT

Quelles leçons tirer de la Commission d’enquête parlementaire sur le financement et la neutralité de l’audiovisuel public ? Ne risque-t-on pas de passer à côté des questions de fond en se bornant à commenter la bataille idéologique menée par Charles Alloncle ? 
Le « chevalier blond » député UDR Ciottiste, encore inconnu il y a six mois, a réussi à passer de l’ombre à la lumière par ses réquisitoires sans pitié contre les 4 milliards de financement de l’audiovisuel public. 

Charles Alloncle à l'Assemblée nationale, le 5 mai 2026 © LCP
Son plaidoyer en faveur de la privatisation décliné sur CNews, Europe 1 et le JDD, ses coups de bélier contre les gaspillages, les conflits d’intérêts, les soi-disantes influences politiques de gauche… Certains y voient un jeton de plus dans la banalisation de la « Bollo-Trumpisation » du débat démocratique.

Charles Alloncle préconise plus d’1 milliard d’économies mais peut-on réduire son rapport aux seuls objectifs budgétaires, et d’hypothétiques fusions de France 5 avec France 2, Franceinfo  avec France24, France 3 et les radios ICI, l’INA avec la BnF ? Et le « bourreau » de réinstaller la Guillotine pour en finir avec France 4, le Mouv’, France TV Slash, la télé-réalité et raboter de 120 M€ les jeux et divertissements du prime time


En 2025, le rapport de la Cour des comptes qualifiait de « critique » la situation financière de France Télévisions

Qu’à cela ne tienne, le projet Dati de holding France Médias (qui devait réunir France Télévisions, Radio France, l’INA et France Médias Monde), adopté par le Sénat il y a un an…  s’est enlisé à l’Assemblée dès février 2026 !

Impossible réforme ou la malédiction d’Emmanuel Macron ?

Dès 2017, l’ambition présidentielle était d’en finir avec la « dérive financière ». 

Sitôt élu, le projet de loi de finances 2018 du gouvernement Edouard Philippe demandait à France Télé une économie de 50 M€ et la suppression de 500 postes. 

Rien de tel pour mobiliser les personnels, vent debout contre ces promesses de coupes budgétaires. Elles valurent à Delphine Ernotte une motion de défiance votée à 84 %… Le Covid retardera ces funestes projets.


Avril 2026 : la « patronne », auditionnée  par la Commission 4 h 30 pour la seconde fois, affirme que « France Télévisions coûte aujourd’hui 600 M€ de moins aux Français qu’il y a 10 ans », « un peu moins de 3 € par mois, quand il coûtait pratiquement 4 € ».

Charles Alloncle lui répondra : « Vous avez un directeur à temps plein payé 100.000 € nets par an qui est élu maire adjoint d’Anne Hidalgo, payé 60.000 €. Il cumule deux temps plein »… Une vérité dérangeante qui s’ajoute à d’autres « dysfonctionnements » révélés tout au long des auditions de la Commission, qualifiée de « Cirque » par Xavier Niel, alors même que le président Jérémie Patrier-Leitus (député Horizons) souhaitait « qu’elle ne se transforme pas en plus grand cabaret du monde où chacun vient faire son numéro ».


Que restera-t-il des cinq mois de travaux de la Commission ? 


Un puissant révélateur de l’incapacité du monde politique (exécutif et parlementaire) à engager des réformes en profondeur. Depuis l’éclatement de l’ORTF en 1975, l’ADN de l’audiovisuel public reste marqué par les traumatismes de la saine concurrence du  « privé » :  la naissance de Canal + fin 1984, de M6 et TF1 passée sous l’ère Bouygues en 1987. 


Pour rivaliser, le service public a dû se muscler, augmenter ses dépenses de personnel (Ndlr : 962 M€ en 2025, soit 31,8 % des charges d’exploitation. 27,6 % à la BBC), à signer toujours plus de contrats couteux (aux animateurs, à plus de 500 sociétés de production, 440 M€ par an de soutien à la création audiovisuelle, 80 M€ par an pour le cinéma) jusqu’à creuser les déficits (Ndlr : le cumul des déficits des résultats nets entre 2017 et 2024 atteint 81,56 M€ pour le groupe).


La suppression de la redevance en 2022, remplacée par une fraction de TVA, a propulsé l’idée du « Ça coûte trop cher à l’État ! », les dotations publiques représentant près de 80 % de ses ressources (Ndlr : 86 M€ ont été retirés en 2026. Baisse de plus de 15 % sur 10 ans si l’on tient compte de l’inflation et 1500 postes  supprimés en 10 ans à France Télévisions). Quant à la publicité, de plus en plus captée par les GAFAM, elle représentait 500 M€ de recettes en 2024 dans un chiffre d’affaires de 3,3 Md€.  


Dans ce contexte, l’audiovisuel public peut-il  rester concurrentiel, assurer ses missions de service public, continuer d’investir dans le numérique, imaginer l’après télé-linéaire (les 18-30 ans ne représentent plus que 18 % de la consommation vidéo, contre 65 % pour l'ensemble de la population) alors que les audiences vieillissent ? 

Sur France 2, la moyenne d’âge du téléspectateur est de 63 ans, 58 ans sur TF1, 50 ans sur M6. Seule, la radio reste plus dynamique (France Inter n°1 : 35,9 M d’écoutes actives en mars 2026. France Info n°2 : 23,89 M - source ACPM) avec des résultats financiers positifs en 2025 (+ 0,7 M€) grâce à la diversification de l’activité du groupe  Radio France (billetterie et événementiel).


Nombre d’archaïsmes freinent ces nécessaires évolutions : le cadre social n’a pas bougé depuis 2013, limitant la polyvalence et entraînant d’inévitables surcoûts (exemple, en mars, une grève a été observée contre la suppression des éditeurs visuels d’ICI, dans les matinales filmées, diffusées sur France 3). 


Le cadre légal régissant l’impartialité (dans la loi Léotard de 1986), conçu à l’époque de l’hertzien, est obsolète au regard du numérique, de la domination des plateformes et du développement de l’IA source de manipulations de l’information.

Des obligations strictes (missions d’intérêt général) figurent dans les cahiers des charges des seules chaînes publiques : éducation, culture, vulgarisation scientifique, diversité, langues régionales, outre-mer, cultes. Elles influent sur les lignes éditoriales, et s’ajoutent au cadre général du pluralisme (Ndlr : une décision du Conseil d’État de février 2024 oblige l’ensemble des chaînes à prendre en compte dans leurs programmes la diversité des courants de pensée et d’opinion). Pour vérifier l’impartialité de l’audiovisuel public, l’Arcom a même demandé un rapport très attendu à Bruno Lasserre, vice-président honoraire du Conseil d’État. 


Et maintenant ?


Dès le 25 juin, le groupe UDR de l’Assemblée profitera de sa niche parlementaire pour déposer un texte destiné à encadrer les conflits d’intérêts entre l’audiovisuel public et les sociétés de production privées. 

Quant à la réforme profonde de l’audiovisuel public, elle reviendra lors de la campagne présidentielle où les candidats pourront « picorer » parmi les 40 propositions du président de la commission, les 70 recommandations du rapporteur et la dizaine de contributions des groupes politiques.

 

Lire LES 551 PAGES DU RAPPORT



Les réactions syndicales au « rapport Alloncle » 


SNJ Radio France : « Les auditions à charge et maintenant ce rapport outrancier révèlent au grand jour le projet de l’extrême droite pour mettre au pas le service public ». (5/5/2026)


SNJ France Télévisions : « Cette commission a traité comme ‘’quantité négligeable’’ les milliers de salariés qui font vivre le service public (…) Le petit bout de la lorgnette a pris le pas sur un examen approfondi des forces et faiblesses de l’audiovisuel public d’aujourd’hui. Elle a royalement ignoré les réseaux régionaux et ultramarins. Pas assez ‘’people’’ ? Manque d’intérêt du président et du rapporteur pour l’information de proximité ? Alors que le maillage territorial de l’audiovisuel public est son socle. Occultés également la musique de Radio France, les antennes internationales de France Médias Monde, l’INA… Tout ce qui fait la richesse du service public » (9/4/2026) 

CGT, SNJ-CGT : « Une déclaration de guerre contre le service public, des préconisations en mode massacre à la tronçonneuse, incohérentes, absurdes, aveuglées par l’idéologie ». « Économiser un milliard d’euros sur le budget de l’audiovisuel public cela signifie un plan massif pour ses salarié .es mais aussi dans la plupart des industries de la culture, des sociétés de production au cinéma en passant par l’animation » (5/5/2026)


Rappel des missions de l’audiovisuel public


L’audiovisuel public français repose sur une mission de service public définie par la loi (notamment la loi de 1986). Contrairement aux chaînes privées, dont le modèle est dicté par la rentabilité, le secteur public est guidé par des impératifs d'intérêt général.


4 GRANDS PRINCIPES


1. Universalité et Diversité

Le service public doit s'adresser à tous les publics, sans exception.


Accessibilité : Couverture géographique totale du territoire et gratuité de l'accès (historiquement financé par la redevance, désormais par une fraction de la TVA).


Programmation : Il doit proposer une offre généraliste et thématique variée (information, culture, sport, divertissement, éducation).


Représentativité : Il a le devoir de refléter la diversité de la société française dans toutes ses composantes (origines, handicaps, parité).


2. Indépendance - Pluralisme

C’est le socle de la confiance démocratique


Information : Les rédactions (France Télévisions, Radio France, France 24) doivent garantir une information honnête, pluraliste et vérifiée.


Gouvernance : Bien que l'État soit l'actionnaire unique, l'indépendance est protégée par l'Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique), qui veille au respect du pluralisme politique (les chaînes parlementaires LCP et Public Sénat, relèvent de la responsabilité des assemblées et ne sont pas soumises au contrôle de l’Arcom)


3. Soutien à la Création et à la Culture

L'audiovisuel public est le premier moteur de l'exception culturelle française.


• Financement : Il investit massivement dans la production de films, de documentaires, de fictions et d'animations françaises et européennes.


• Rayonnement : Il assure la promotion des arts "moins exposés" par le privé (théâtre, musique classique, art contemporain) via des chaînes comme Arte France, France Musique, France Culture.


4. Innovation et Adaptation Numérique

À l'ère des plateformes de streaming (Netflix, YouTube), le service public doit évoluer.


• Modernisation : Développement de plateformes comme france.tv ou l'application Radio France.


• Éducation aux médias : Un rôle croissant dans la lutte contre la désinformation (fact-checking) et l'accompagnement des jeunes publics (via Lumni par exemple).



⁃ Rappel des missions particulières liées au cahier des charges, comparativement au privé


⁃ Si les chaînes privées et publiques partagent parfois les mêmes formats (journaux télévisés, divertissements), le service public est soumis à un cahier des charges et des missions de souveraineté que le secteur privé n'a aucune obligation de remplir.


Voici les missions spécifiques :


1. Continuité territoriale et ancrage régional

Là où une chaîne privée cherche l'audience globale, le service public doit s'adresser aux territoires.

Proximité : Les réseaux France 3 et ICI assurent une mission de service de proximité avec des décrochages régionaux quotidiens et des journaux en langues régionales.

• Outre-mer et international : Avec le réseau La 1ère, France Médias Monde (Radio France International RFI et Monte Carlo Doualiya MCD), l’audiovisuel public garantit aux citoyens des territoires d'Outre-mer et de l’international une continuité d'information et de culture que le privé délaisse souvent par manque de rentabilité publicitaire.


2. Éducation et transmission des savoirs

• Offre éducative : Des plateformes comme Lumni proposent des contenus en lien direct avec les programmes scolaires, sans aucune publicité.

• Vulgarisation : Il maintient une part importante de documentaires de création et d'émissions de médiation scientifique qui ne sont pas dictés par l'audimat pur.


3. Indépendance commerciale (limitation publicitaire)

• Publicité restreinte : Sur France Télévisions, la publicité est interdite après 20 h. Cela permet une programmation plus souple, moins dépendante des "tunnels" publicitaires et des exigences des annonceurs.

• Radio France : Les radios publiques sont quasiment exemptes de publicité commerciale directe, se concentrant sur les messages d'intérêt général ou le mécénat.


4. Pluralisme politique strict

Si toutes les chaînes doivent respecter le pluralisme, le service public a une obligation de rigueur absolue.

• Il doit garantir un temps de parole équilibré à toutes les forces politiques, y compris les "petits" candidats ou les courants de pensée minoritaires, là où les chaînes privées se concentrent souvent sur les débats les plus clivants et générateurs d'audience.


5. Mémoire et Patrimoine

• L'INA (Institut National de l'Audiovisuel) : une mission unique qui consiste à archiver, numériser et restaurer l'intégralité des images et sons diffusés en France pour les transmettre aux générations futures.

• Rayonnement culturel : Soutien aux orchestres de Radio France (Orchestre National de France, Chœur de Radio France), qui font vivre la musique vivante.  

jeudi 22 janvier 2026

TÉLÉVISION La chaîne régionale Wéo liquidée

21 janvier : le tribunal de commerce de Lille a prononcé la liquidation de la chaîne de télévision régionale Wéo au 31 janvier.


Cette chaîne appartenait à la société STM, qui a pour actionnaire majoritaire le groupe Rossel France, également propriétaire du quotidien La Voix du Nord. 
Avec une audience d'un million de téléspectateurs, la chaîne était déficitaire en dépit de l'aide du conseil régional. Pour se restructurer il lui aurait fallu 800.000 €... 
Très fragile, son modèle économique reposait pour moitié sur les subventions (avec le désengagement progressif des Hauts-de-France) et n'a pas résisté à la chute de ses recettes publicitaires, passées de 1,2 M€ en 2022 à 535.000 € en 2025.

Wéo figurait en tête des audiences parmi 35 autres télé locales en France.
Lancée en 2009 (Wéo avait succédé à C9 Télévision créée en 1987) la chaîne était dirigée par Jean-Michel Lobry. En 2017, Wéo Picardie avait élargi l'audience jusqu'alors limitée au Nord-Pas-de-Calais.

Cette disparition rappelle celle de Vià, un réseau de chaînes locales 
lancé en 2017, diffusant sur le Grand Paris, Toulouse, Montpellier, Perpignan et Nîmes. 
Ce groupe s'élargira en 2018 par la prise de contrôle des chaînes ATV aux Antilles-Guyane. 
Après des contacts infructueux avec Altice France, le réseau sera dissout en janvier 2021 suite aux difficultés financières, après deux ans de redressement judiciaire.

Le groupe La Dépêche du Midi reprendra pour 1 M€ les quatre fréquences de Vià Occitanie à la barre du tribunal de commerce de Nîmes en avril 2021. L'espoir sera de courte durée pour les 18 salariés restants sur 45 : en juillet 2025, Via Occitanie cessa d'émettre suite à la décision du groupe régional, faute de modèle économique viable.
Cette disparition intervenait après la fermeture en mars 2025 de la chaine BFM Paris lle-de-France.
Déficitaire depuis sa création, malgré un repositionnement stratégique, le rachat de BFM TV par le groupe CMA Media, laissait peu d'espoir de poursuivre l'aventure.

> La fédération des chaînes locales locales.tv fondée en 2019 compte 48 télévisions locales, employant plus de 800 personnes, dont 450 journalistes. 

> La plateforme de distribution Locales plus compte 16 chaînes locales (ATV Martinique, Canal 32, LMTV Sarthe, POM TV, Tébéo, TLC, TV7 Bordeaux, TV78, TV8 Moselle-Est, TVPI. TVR, TV Vendée, Val de Loire TV, Vosges TV, Wéo TV et 7A Limoges). Elle est présidée par Fabrice Schlosser (CELSA 1997), DG de Canal 32 à Troyes, co-président de locales.tv.

> Locales.tv estime que la disparition de Wéo met un terme à "une expérience éditoriale reconnue" et en appelle à l'Arcom pour "reconnaître l'urgence démocratique du soutien aux télévisions locales". Cette disparition, après celle de Vià, "révèle les fragilités du modèle économique des télévisions locales dans un environnement audiovisuel en profonde mutation et dans un contexte économique difficile. Au-delà des enjeux sectoriels, ces disparitions successives posent une question démocratique majeure : celle de l'accès effectif des citoyens à une information pluraliste, indépendante et de proximité sur l'ensemble des territoires".

> Émilie Tardif, DG déléguée de Val de Loire TV et responsable de la production audiovisuelle du groupe La Nouvelle République du Centre-Ouest, estime que cette liquidation "est un vrai signal d'alerte. Ma chaîne est en difficulté, comme toutes celles qui n'ont ni région, ni département, ni métropole à leur capital. Parce que les subventions baissent chaque année et que la pub part de plus en plus vers les GAFAM". Elle considère que la responsabilité des pouvoirs publics est engagée, la production d'une information locale fiable et gratuite étant une mission d'intérêt général. "Soit l'Arcom et les collectivités soutiennent les médias de proximité indépendants, soit des milliardaires politisés s'en chargeront. Et là, on basculera de l'intérêt général à un intérêt très particulier. Si on n'accompagne pas la transformation des médias locaux, on organisera des déserts d'information".

> Wéo  cessera d'émettre ses programmes le dimanche 25 janvier.
                  

mercredi 21 janvier 2026

Médias : Qui possède quoi ?


Le Monde Diplomatique
a remis à jour en décembre son infographie sur les médias d’information. Les titres et groupes de presse indépendants ainsi que la presse dite alternative ne sont pas représentés. Ceci explique l’absence du groupe Ouest France, détenu par une association Loi de 1901.

Depuis 2007, le principe de cette publication ne change pas : les entreprises de presse constituent une « marchandise de luxe très prisée des grandes fortunes ». Depuis 2016, cette carte est éditée en association avec l’association Acrimed (Action critique Médias). 

Une erreur est à noter : depuis juin 2024, le Crédit Agricole n’est plus actionnaire de Rossel La Voix. La banque mutualiste a cédé l’intégralité de ses parts détenues depuis 2011 au groupe de presse et à Images en Nord (qui gère les télés régionales Wéo Nord-Pas-de-Calais et Picardie).  

> Tout sur Le Monde Diplomatique

Laurence Bloch : « supprimer l’audiovisuel public : un projet criminel »

Au terme de cinquante ans de carrière à Radio France, Laurence Bloch a trouvé le temps de regarder dans le rétroviseur en publiant chez Stock un livre intimiste : Radioactive.  De simple stagiaire en 1974 à France Culture jusqu’à la direction éditoriale des antennes, en passant par France Inter, la jeune diplômée de Sciences Po a su s’imposer face à un monde machiste et misogyne où rien ne lui sera épargné. À l’époque, elle était la seule femme de la rédaction avec Arlette Chabot !

Provinciale née dans l’Oise, écartelée entre sa famille maternelle auvergnate et un judaïsme paternel longtemps tu, elle a réussi à se construire. 

Après l’ombre de ses mentors - Jean-Marie Borzeix, ancien journaliste à Combat, Paul, son premier amour qui deviendra son mari - et une psychanalyse commencée à l’âge de 39 ans, la frêle journaliste est enfin sortie de sa chrysalide. 


À la tête de France Inter en 2014, dont elle fera en douze ans la radio la plus écoutée de France, elle changera l’ordre établi imposant humoristes, chroniqueurs, producteurs.

Sa recette : « la radio c’est une incarnation, la mission majeure de l’information, des métiers artistiques. Sur le service public, on doit fabriquer du commun, s’adapter à l’évolution des usages, bousculer les programmes » explique-t-elle dans une conférence récente devant des étudiants de Sciences Po Toulouse.

France Inter, une radio trop parisienne, « de gôche » ? Laurence Bloch répond à ses détracteurs : « On respecte strictement un cahier des charges. Il y a des valeurs humanistes et l’on doit parler à tous les Français. Ceux qui veulent supprimer l’audiovisuel public ont un projet criminel. Les menaces sont politiques, idéologiques ».

Dans son collimateur : « Le groupe B et les plateformes américaines » (Ndlr : groupe B comme Bolloré).

Forte et fragile à la fois, Laurence Bloch revient sur ses épreuves : les attentats de 2015, la crise du Covid, la disparition d’êtres chers comme Mathieu Sarda, rédacteur en chef, le 7 octobre 2023… Sur une île grecque, elle s’est efforcée d’oublier. Son livre se veut une « toute petite leçon de vie » qu’elle veut partager.  

                                                        Radioactive. Stock. 234 pages. 20 €  

Les Échos-Le Parisien : Michèle Benbunan succède à Pierre Louette

Michèle Benbunan, 63 ans, ex dirigeante de la société d’édition EDITIS - cédée en 2023 par Vivendi à CMI - succède à compter du 22 janvier à Pierre Louette, 63 ans, qui occupait la fonction de PDG du groupe Les Échos-Le Parisien depuis 2018.

Pierre Louette a permis « la mise en oeuvre d’une transformation numérique  profonde et la défense des enjeux fondamentaux de la presse » souligne le communiqué du groupe LVMH, indiquant qu’ « il entame un nouveau chapitre de sa carrière ». 

Ancien PDG de l’AFP (2005-2010) puis ancien DG d’Orange (2010-2018) il se murmure qu’il pourrait briguer la présidence d’Orange en mai prochain…

Énarque passé par le secrétariat général de France Télévisions et le cabinet du Premier ministre Édouard Balladur, le patron de presse entretenait des relations difficiles avec les journalistes qui craignent pour l’indépendance des rédactions face à ­l’actionnaire Bernard Arnault.

Le 23 septembre dernier, il avait démenti les rumeurs persistantes d’un possible rachat du Parisien par Vincent Bolloré :  « Le Parisien n’est absolument pas à vendre », affirmait-il au Figaro. Ces propos n’ont pas convaincu les personnels qui votèrent à plus de 70 % une grève immédiate de 24 h. 

Début novembre, on apprenait que LVMH avait bel et bien envisagé de vendre le quotidien, plusieurs fois renfloué (83 M€ en 2018, et 65 M€ en 2022). Le leader mondial du luxe exigera de la direction la mise en place d’un plan pour retrouver l’équilibre financier au plus vite, accompagné d’une ultime recapitalisation de 150 M€.

Ainsi, le départ de Pierre Louette prend des allures de constat d’échec face à une mission impossible, en dépit de la suppression de près de 40 postes. 

Marc Feuillée, DG du groupe Figaro a été désigné pour lui succéder à la présidence de l’APIG (Alliance de la presse d’information générale qui associe la presse nationale et régionale).


S'adapter aux évolutions du marché


Michèle Benbunan, à la tête du pôle média de LVMH, a pour mission principale de redresser le Parisien. Des décisions structurelles deviennent nécessaires. Depuis 2018 elle dirigeait la société de distribution Presstalis, liquidée en 2020 pour devenir France Messagerie. Pendant 28 ans chez Hachette Livre, elle est diplômée de Sciences Po Paris et l’ENSAE.


Officiellement, ce changement de gouvernance stratégique vise à « poursuivre la modernisation de l'organisation dans un environnement concurrentiel, à consolider les actifs médiatiques du leader mondial du luxe tout en assurant la pérennité de ses modèles économiques face aux évolutions d’un marché compétitif en perpétuelle évolution ».


> Outre Les Échos et Le Parisien, le groupe possède Radio Classique, la chaîne de télé musicale payante Mezzo, les magazines Historia et Connaissance des Arts, l’institut de sondages OpinionWay. 

Depuis 2024, Paris Match et 80 % de l’agence photo Abaca. Depuis 2025, le groupe Bey Médias (L’Opinion, l’AGEFI). Depuis janvier 2026, les éditions Croque Futur avec Challenges, Sciences et Avenir, La Recherche. Les Échos ont pour filiales Investir, Mieux Vivre votre argent, Boursier.com, WanSquare, La Lettre de l’Expansion, Capital Finance. 

La holding Agache, filiale de LVMH, est propriétaire du Paris Football Club. 


AUDIOVISUEL PUBLIC : PLACE AU DÉBAT

Quelles leçons tirer de la Commission d’enquête parlementaire sur le financement et la neutralité de l’audiovisuel public ?  Ne risque-t-on ...