jeudi 22 janvier 2026

TÉLÉVISION La chaîne régionale Wéo liquidée

21 janvier : le tribunal de commerce de Lille a prononcé la liquidation de la chaîne de télévision régionale Wéo au 31 janvier.


Cette chaîne appartenait à la société STM, qui a pour actionnaire majoritaire le groupe Rossel France, également propriétaire du quotidien La Voix du Nord. 
Avec une audience d'un million de téléspectateurs, la chaîne était déficitaire en dépit de l'aide du conseil régional. Pour se restructurer il lui aurait fallu 800.000 €... 
Très fragile, son modèle économique reposait pour moitié sur les subventions (avec le désengagement progressif des Hauts-de-France) et n'a pas résisté à la chute de ses recettes publicitaires, passées de 1,2 M€ en 2022 à 535.000 € en 2025.

Wéo figurait en tête des audiences parmi 35 autres télé locales en France.
Lancée en 2009 (Wéo avait succédé à C9 Télévision créée en 1987) la chaîne était dirigée par Jean-Michel Lobry. En 2017, Wéo Picardie avait élargi l'audience jusqu'alors limitée au Nord-Pas-de-Calais.

Cette disparition rappelle celle de Vià, un réseau de chaînes locales 
lancé en 2017, diffusant sur le Grand Paris, Toulouse, Montpellier, Perpignan et Nîmes. 
Ce groupe s'élargira en 2018 par la prise de contrôle des chaînes ATV aux Antilles-Guyane. 
Après des contacts infructueux avec Altice France, le réseau sera dissout en janvier 2021 suite aux difficultés financières, après deux ans de redressement judiciaire.

Le groupe La Dépêche du Midi reprendra pour 1 M€ les quatre fréquences de Vià Occitanie à la barre du tribunal de commerce de Nîmes en avril 2021. L'espoir sera de courte durée pour les 18 salariés restants sur 45 : en juillet 2025, Via Occitanie cessa d'émettre suite à la décision du groupe régional, faute de modèle économique viable.
Cette disparition intervenait après la fermeture en mars 2025 de la chaine BFM Paris lle-de-France.
Déficitaire depuis sa création, malgré un repositionnement stratégique, le rachat de BFM TV par le groupe CMA Media, laissait peu d'espoir de poursuivre l'aventure.

> La fédération des chaînes locales locales.tv fondée en 2019 compte 48 télévisions locales, employant plus de 800 personnes, dont 450 journalistes. 

> La plateforme de distribution Locales plus compte 16 chaînes locales (ATV Martinique, Canal 32, LMTV Sarthe, POM TV, Tébéo, TLC, TV7 Bordeaux, TV78, TV8 Moselle-Est, TVPI. TVR, TV Vendée, Val de Loire TV, Vosges TV, Wéo TV et 7A Limoges). Elle est présidée par Fabrice Schlosser (CELSA 1997), DG de Canal 32 à Troyes, co-président de locales.tv.

> Locales.tv estime que la disparition de Wéo met un terme à "une expérience éditoriale reconnue" et en appelle à l'Arcom pour "reconnaître l'urgence démocratique du soutien aux télévisions locales". Cette disparition, après celle de Vià, "révèle les fragilités du modèle économique des télévisions locales dans un environnement audiovisuel en profonde mutation et dans un contexte économique difficile. Au-delà des enjeux sectoriels, ces disparitions successives posent une question démocratique majeure : celle de l'accès effectif des citoyens à une information pluraliste, indépendante et de proximité sur l'ensemble des territoires".

> Émilie Tardif, DG déléguée de Val de Loire TV et responsable de la production audiovisuelle du groupe La Nouvelle République du Centre-Ouest, estime que cette liquidation "est un vrai signal d'alerte. Ma chaîne est en difficulté, comme toutes celles qui n'ont ni région, ni département, ni métropole à leur capital. Parce que les subventions baissent chaque année et que la pub part de plus en plus vers les GAFAM". Elle considère que la responsabilité des pouvoirs publics est engagée, la production d'une information locale fiable et gratuite étant une mission d'intérêt général. "Soit l'Arcom et les collectivités soutiennent les médias de proximité indépendants, soit des milliardaires politisés s'en chargeront. Et là, on basculera de l'intérêt général à un intérêt très particulier. Si on n'accompagne pas la transformation des médias locaux, on organisera des déserts d'information".

> Wéo  cessera d'émettre ses programmes le dimanche 25 janvier.
                  

mercredi 21 janvier 2026

Médias : Qui possède quoi ?


Le Monde Diplomatique
a remis à jour en décembre son infographie sur les médias d’information. Les titres et groupes de presse indépendants ainsi que la presse dite alternative ne sont pas représentés. Ceci explique l’absence du groupe Ouest France, détenu par une association Loi de 1901.

Depuis 2007, le principe de cette publication ne change pas : les entreprises de presse constituent une « marchandise de luxe très prisée des grandes fortunes ». Depuis 2016, cette carte est éditée en association avec l’association Acrimed (Action critique Médias). 

Une erreur est à noter : depuis juin 2024, le Crédit Agricole n’est plus actionnaire de Rossel La Voix. La banque mutualiste a cédé l’intégralité de ses parts détenues depuis 2011 au groupe de presse et à Images en Nord (qui gère les télés régionales Wéo Nord-Pas-de-Calais et Picardie).  

> Tout sur Le Monde Diplomatique

Laurence Bloch : « supprimer l’audiovisuel public : un projet criminel »

Au terme de cinquante ans de carrière à Radio France, Laurence Bloch a trouvé le temps de regarder dans le rétroviseur en publiant chez Stock un livre intimiste : Radioactive.  De simple stagiaire en 1974 à France Culture jusqu’à la direction éditoriale des antennes, en passant par France Inter, la jeune diplômée de Sciences Po a su s’imposer face à un monde machiste et misogyne où rien ne lui sera épargné. À l’époque, elle était la seule femme de la rédaction avec Arlette Chabot !

Provinciale née dans l’Oise, écartelée entre sa famille maternelle auvergnate et un judaïsme paternel longtemps tu, elle a réussi à se construire. 

Après l’ombre de ses mentors - Jean-Marie Borzeix, ancien journaliste à Combat, Paul, son premier amour qui deviendra son mari - et une psychanalyse commencée à l’âge de 39 ans, la frêle journaliste est enfin sortie de sa chrysalide. 


À la tête de France Inter en 2014, dont elle fera en douze ans la radio la plus écoutée de France, elle changera l’ordre établi imposant humoristes, chroniqueurs, producteurs.

Sa recette : « la radio c’est une incarnation, la mission majeure de l’information, des métiers artistiques. Sur le service public, on doit fabriquer du commun, s’adapter à l’évolution des usages, bousculer les programmes » explique-t-elle dans une conférence récente devant des étudiants de Sciences Po Toulouse.

France Inter, une radio trop parisienne, « de gôche » ? Laurence Bloch répond à ses détracteurs : « On respecte strictement un cahier des charges. Il y a des valeurs humanistes et l’on doit parler à tous les Français. Ceux qui veulent supprimer l’audiovisuel public ont un projet criminel. Les menaces sont politiques, idéologiques ».

Dans son collimateur : « Le groupe B et les plateformes américaines » (Ndlr : groupe B comme Bolloré).

Forte et fragile à la fois, Laurence Bloch revient sur ses épreuves : les attentats de 2015, la crise du Covid, la disparition d’êtres chers comme Mathieu Sarda, rédacteur en chef, le 7 octobre 2023… Sur une île grecque, elle s’est efforcée d’oublier. Son livre se veut une « toute petite leçon de vie » qu’elle veut partager.  

                                                        Radioactive. Stock. 234 pages. 20 €  

Les Échos-Le Parisien : Michèle Benbunan succède à Pierre Louette

Michèle Benbunan, 63 ans, ex dirigeante de la société d’édition EDITIS - cédée en 2023 par Vivendi à CMI - succède à compter du 22 janvier à Pierre Louette, 63 ans, qui occupait la fonction de PDG du groupe Les Échos-Le Parisien depuis 2018.

Pierre Louette a permis « la mise en oeuvre d’une transformation numérique  profonde et la défense des enjeux fondamentaux de la presse » souligne le communiqué du groupe LVMH, indiquant qu’ « il entame un nouveau chapitre de sa carrière ». 

Ancien PDG de l’AFP (2005-2010) puis ancien DG d’Orange (2010-2018) il se murmure qu’il pourrait briguer la présidence d’Orange en mai prochain…

Énarque passé par le secrétariat général de France Télévisions et le cabinet du Premier ministre Édouard Balladur, le patron de presse entretenait des relations difficiles avec les journalistes qui craignent pour l’indépendance des rédactions face à ­l’actionnaire Bernard Arnault.

Le 23 septembre dernier, il avait démenti les rumeurs persistantes d’un possible rachat du Parisien par Vincent Bolloré :  « Le Parisien n’est absolument pas à vendre », affirmait-il au Figaro. Ces propos n’ont pas convaincu les personnels qui votèrent à plus de 70 % une grève immédiate de 24 h. 

Début novembre, on apprenait que LVMH avait bel et bien envisagé de vendre le quotidien, plusieurs fois renfloué (83 M€ en 2018, et 65 M€ en 2022). Le leader mondial du luxe exigera de la direction la mise en place d’un plan pour retrouver l’équilibre financier au plus vite, accompagné d’une ultime recapitalisation de 150 M€.

Ainsi, le départ de Pierre Louette prend des allures de constat d’échec face à une mission impossible, en dépit de la suppression de près de 40 postes. 

Marc Feuillée, DG du groupe Figaro a été désigné pour lui succéder à la présidence de l’APIG (Alliance de la presse d’information générale qui associe la presse nationale et régionale).


S'adapter aux évolutions du marché


Michèle Benbunan, à la tête du pôle média de LVMH, a pour mission principale de redresser le Parisien. Des décisions structurelles deviennent nécessaires. Depuis 2018 elle dirigeait la société de distribution Presstalis, liquidée en 2020 pour devenir France Messagerie. Pendant 28 ans chez Hachette Livre, elle est diplômée de Sciences Po Paris et l’ENSAE.


Officiellement, ce changement de gouvernance stratégique vise à « poursuivre la modernisation de l'organisation dans un environnement concurrentiel, à consolider les actifs médiatiques du leader mondial du luxe tout en assurant la pérennité de ses modèles économiques face aux évolutions d’un marché compétitif en perpétuelle évolution ».


> Outre Les Échos et Le Parisien, le groupe possède Radio Classique, la chaîne de télé musicale payante Mezzo, les magazines Historia et Connaissance des Arts, l’institut de sondages OpinionWay. 

Depuis 2024, Paris Match et 80 % de l’agence photo Abaca. Depuis 2025, le groupe Bey Médias (L’Opinion, l’AGEFI). Depuis janvier 2026, les éditions Croque Futur avec Challenges, Sciences et Avenir, La Recherche. Les Échos ont pour filiales Investir, Mieux Vivre votre argent, Boursier.com, WanSquare, La Lettre de l’Expansion, Capital Finance. 

La holding Agache, filiale de LVMH, est propriétaire du Paris Football Club. 


BILLET Bolloré : stop à la diabolisation antisémite !

Pas un jour ne passe sans que Vincent Bolloré soit la cible d’attaques au vitriol. Certes, CNews, le JDD et Europe 1, ne sont pas des modèles de pluralisme. 
A contrario, que serait la production cinématographique et télévisuelle française sans Canal+ ? 

Pas question ici de peser le pour et le contre, d’arbitrer et de commenter le « projet idéologique et politique » dont on accuse ce « bollorisme » de plus en plus associé à la conquête du pouvoir par l’extrême droite. Assurément la vision du personnage Bolloré reste trop manichéenne.

D’autres milliardaires sont aussi cloués au pilori (Bernard Arnault et Pierre-Edouard Stérin), comme l’a été jadis Robert Hersant pour son passé « collabo » et « papivore » adepte de la concentration des médias. 

Mais, depuis quelques mois une infâme petite musique se répand autour des origines juives de Bolloré : Nicole Marie Goldschmidt (1899-1993), la grand-mère maternelle du ‘’Breton’’, était étroitement liée aux banquiers Rothschild et Bernheim. 

Vincent n’est qu’un pistonné ! En 1981, il débuta professionnellement à la banque Rothschild, Jean Veil - le fils de Simone - a été avocat du groupe Bolloré… 

Catholique affirmé, il cacherait ses vraies origines… 

L’utilisation déformée de ces faits, répandus insidieusement sur les réseaux sociaux sans modération, alimente un intolérable contexte antisémite, une haine banalisée, qui n’apporte strictement rien à la critique menée contre  l’ « empire médiatique ».  Stop !                 

                                                                                                                   Thierry Noël


Le journaliste français Raphaël Boukandoura arrêté en Turquie

Le journaliste français Raphaël Boukandoura, 35 ans, a été interpellé le lundi 19 janvier à Istanbul par la police lors d'une manifestation du parti prokurde DEM - troisième force au Parlement turc - contre l'offensive de Damas dans le nord-est de la Syrie. 

Reporters sans Frontières a confirmé cette garde à vue du journaliste, correspondant de plusieurs médias français (Courrier international, Mediapart et Ouest-France), lors de ce rassemblement organisé contre l'éviction des combattants kurdes des régions qu'ils contrôlaient dans le nord de la Syrie. 

RSF a appelé  à « la libération immédiate du journaliste qui ne faisait rien d'autre que son devoir légitime en couvrant cette protestation ». 

Raphaël Boukandoura, ancien étudiant du CUEJ de Strasbourg, risque l'expulsion alors qu'il réside et travaille en Turquie légalement depuis plus de dix ans. Accusé d'avoir scandé des slogans lors de la manifestation - ce qu'il a fermement démenti - il a indiqué aux autorités qu'il se trouvait là en sa qualité de journaliste.

RSF rappelle que la Turquie est à la 159e place sur 180 de son classement de la liberté de la presse, entre le Pakistan et le Venezuela.

En 2017, deux autres journalistes français avaient été arrêtés en Turquie : Loup Bureau, détenu plus de 50 jours sous l'accusation d'appartenir à une "organisation terroriste" et Mathias Depardon, détenu un mois pour "propagande terroriste". Les deux ont été expulsés vers la France.

TÉLÉVISION La chaîne régionale Wéo liquidée

21 janvier : le tribunal de commerce de Lille a prononcé la liquidation de la chaîne de télévision régionale Wéo au 31 janvier. Cette chaîn...