lundi 20 novembre 2017

Quel modèle économique pour sauver la presse écrite française ?

Le modèle économique de la presse écrite française est à bout de souffle.
Une crise accélérée par une révolution numérique mal appréhendée. Tout est à réinventer...

Au coeur de la rotative du Monde, boulevard des Italiens, en 1984 (photo DR)
Fin de cycle pour la presse écrite française !
Son histoire récente illustre parfaitement  la théorie de l'évolution économique, avec son processus de destruction créatrice (Joseph Schumpeter, 1911).
Des métiers, des processus de fabrication, des organisations du travail, des entreprises disparaissent au profit d'activités nées des innovations technologiques numériques.
L'avenir de la presse : le digital
Le vieux modèle économique, à l'équilibre instable, reposait sur l'amortissement d'investissements de production lourds (imprimeries), des trésoreries solides grâce aux recettes des ventes et de la publicité.
Cet équilibre s'est rompu : les rotatives ont vu les gros tirages fondre, les ventes s'écrouler.
L'érosion du lectorat touchant aussi le portefeuille d'abonnés, les trésoreries sont devenues exsangues.
Quant à la publicité, le digital est loin de compenser la baisse inquiétante (- 4,9 % en un an entre 2016 et 2017) des médias traditionnels.
Avec des comptes d'exploitation proches du dépôt de bilan, la réduction des coûts est devenue l'obsession permanente des directions.
Pour économiser sur le papier, les journaux réduisent leurs paginations.
Moins de place, moins d'articles, moins de qualité... Les journalistes sont désormais polyvalents (écriture print, écriture web, photo, vidéo).
Au fil du temps, le fossé s'est creusé entre les attentes du lectorat et l'offre des éditeurs appauvrie.
Le lecteur fidèle est devenu volatile.
Le succédané d'information gratuite, distribuée à la sortie du métro, ne comble pas ses besoins. Heureusement, l'info reste à portée de main dans nos smartphones, réactualisée en permanence, ringardisant le journal imprimé, qu'il soit du matin ou du soir.

Désormais, les technologies font le reste :  rich media (texte, photo, infographie, vidéo, podcast, web documentaires, TVWeb, interactivité), et data journalism changent radicalement la donne pour permettre des contenus à forte valeur ajoutée.
Le journal à la carte, conçu selon nos centres d'intérêt, agrémenté de propositions commerciales, est devenu une banalité largement utilisée par Google et Facebook qui font du "data mining" un enjeu stratégique.

Autant d'atouts que les éditeurs français "vendent" encore très mal après s'être tiré une balle dans le pied à pratiquer le "copier coller" du "print" sur un Web gratuit.
Au même moment, les recettes publicitaires s'effondraient pour une vente au numéro en berne, plongeant le circuit de distribution (Presstalis) dans les abîmes...

La dernière "Une" de La Tribune
du 30 janvier 2012
Ces dernières années ressemblent à un champs de ruines parsemé de dépôts de bilans, de disparitions (2011 France Soir, 2012 La Tribune), de restructurations, de concentrations, de mutualisations de moyens, de PSE, de clauses de cession, de sauvetages désespérés à coup d'aides de l'Etat.

Cette dernière décennie, le paysage médiatique a pourtant connu des sursauts salvateurs : des industriels soucieux de servir leurs intérêts (Bolloré, Arnault) et des opérateurs des télécoms (Drahi, Niel) ont recapitalisé la presse en péril dans la grande tradition des Ferdinand BeghinJean Prouvost, Marcel Dassault ou Jean-Luc Lagardère.
Mais pour dominer, tous sont prêts à s'entretuer, tous sont à la merci de la Bourse et de leurs relations avec le monde politique...
Trop rares sont leurs stratégies pour assurer l'avenir via un modèle économique rénové et rentable à long terme, au détriment de l'indépendance et de l'info de qualité.
La nouvelle tendance est à la diversification plus facilement rentable, dans l'évènementiel culturel ou sportif, voies dans lesquelles se sont engouffrés les groupes de presse nationale et régionale.

Parallèlement, des projets journalistiques ambitieux foisonnent.
L'investigation est renforcée par la coopération (International Consortium of Investigation Journalists), le plurimédia se développe, de nouveaux services aux lecteurs ouvrent la voie à des recettes qui diversifient la publicité et des abonnements en ligne consentis à prix cassés...
L'avenir semble radieux !
La presse quotidienne brade ses tarifs d'abonnements
Mais dans le même temps, la crise de confiance envers les médias reste profonde.
Une majorité de l'opinion estime que les journalistes ne sont pas indépendants et la prise de position du rédacteur en chef de La Voix du Nord, Patrick Jankielewicz, de ne plus soumettre à la relecture des politiques leurs interviews, reste isolée au sein même d'une profession où la dépêche AFP demeure encore parole d'évangile...

La fragilité structurelle de la presse écrite française a accentué la précarisation de la profession de journaliste où l'on fait appel à des pigistes non salariés qui acceptent un statut d'auto-entrepreneur, en violation de la loi Cressard.
Les rédactions Web restent encore trop dans une logique de flux, alors que le développement du "paywall" et du "freemium", qui se substituent au tout gratuit trop longtemps pratiqué, devrait s'accompagner d'une re-valorisation des contenus... Rare réaction positive, les rédactions développent la pratique du "fact checking" pour faire face à l'avalanche des "fake news".
Quant au "droit voisin" qui a été accouché par une directive européenne, la France est le premier pays de l'UE à l'appliquer tandis que Google la contourne en permettant la mise en avant des contenus, moyennant une réutilisation gratuite sous peine de les faire disparaître du moteur de recherche, ce qui pénaliserait les éditeurs en terme d'audience !
Le mastodonte américain continue de nier la propriété intellectuelle sans rémunérer les médias pillés... (Lire la tribune de protestation de plus de 900 journalistes et personnalités internationales dans Le Monde du 23.10.2019 et la profession se mobilise en portant plainte auprès de l'autorité de la concurrence)


Tout est à réinventer pour que la presse numérique ne ressemble pas au cimetière du papier !


Thierry Noël

Pour comprendre et construire l'avenir, l'évocation du passé s'impose :

LES ORDONNANCES DE 1944

Combat a "résisté" de 1941 à 1974...
A la Libération, les ordonnances du 26 août 1944 sur la liberté de la presse, voulaient garantir la liberté d'expression et le pluralisme de la presse, la quasi-totalité de la presse française ayant collaboré durant l'Occupation allemande.
Parmi les objectifs : lutter contre la concentration des entreprises de presse. Les ordonnances précisaient qu'il n'est pas possible pour un même patron de presse d'être aux commandes de plusieurs titres et d'exercer une fonction extérieure. 
... Libération : de 1941 à 1964

La volonté du législateur était de protéger la presse des puissances d'argent et de l'influence de l'État, tout en assurant l'indépendance des journaux.

La Fédération nationale de la presse française (FNPF), adopta en novembre 1945 une "Déclaration des droits et des devoirs de la presse", affirmant que "la presse n'est pas un instrument d'objet commercial mais un instrument de culture".

France Soir de 1944 à 2011
L'ordonnance interdit aussi le recours aux prête-noms. 
L'article 4 prévoit des sanctions contre "toute personne convaincue d'avoir prêté son nom au propriétaire, au copropriétaire ou au commanditaire d'une publication".

L'ordonnance du 30 septembre 1944 décréta la dissolution des titres publiés sous l'Occupation
Elle créa l'Agence France-Presse, pour remplacer l'Office français d'information, (OFI) du gouvernement de Vichy.

Ces ordonnances permettront la naissance de nombreux quotidiens régionaux et nationaux :
France Soir, Le Parisien LibéréCombat, Libération (première version)... 
Un partage se fera entre gaullistes, socialistes, radicaux, démocrates chrétiens, et communistes. 
Aux premiers les rédactions, aux derniers les imprimeries et la distribution.
Le tout puissant syndicat du Livre CGT bénéficia du monopole de l'embauche des personnels ouvriers : l'article 14 de la convention collective des ouvriers des entreprises de presse de la région parisienne stipule que "l'embauchage s'effectue par le chef de l'entreprise ou son représentant, en accord avec les délégués". (version 1966) 
De l'esprit des ordonnances, il ne reste presque rien, en dehors du secteur de la distribution...


DISTRIBUTION : LA LOI REFORMEE EN 2019

La CGT contrôle encore la distribution des quotidiens assurée par Presstalis (ex Nouvelles Messageries de la presse parisienne NMPP), les Messageries Lyonnaises se chargeant de la presse magazine. 
Le premier distributeur de presse en France achemine 75 % du marché des magazines et traite 4000 titres dans 25.000 points de vente.
A plusieurs reprises, les éditeurs de presse actionnaires et l'Etat ont sauvé Presstalis de la faillite, grâce à des dizaines de millions d'argent public. 
Une faillite qui s'explique en partie par a chute des tirages (4 à 5 % des points de vente disparaissent par an, expliquait déjà le DG de Presstalis, Vincent Rey, interviewé par le JDD en 2015).
Début 2018, le déficit d'exploitation de Presstalis était estimé à 15 millions d'euros...


Par la loi du 18 octobre 2019, le gouvernement a réformé la loi Bichet (du nom du député Robert Bichet) qui depuis 1947, règlementait la distribution.

Lire aussi : Eric Fottorino et Philippe Kieffer : le "scandale Presstalis" (France Inter avril 2018).

CONCENTRATIONS, DYNAMISME DES GROUPES ET MONOPOLE SYNDICAL

Dès les années 50, l'idéalisme des lois de la Libération sera bousculé par les réalités économiques d'une presse en plein renouveau.

Objectif : concentrer pour réduire les coûts

Ed. Fillipachi 1998
L'industriel Jean Prouvost entre dans le capital du Figarole groupe Hachette dans France Soir, les deux fleurons de la presse quotidienne de l'époque.

Pendant des décennies, les éditeurs plièrent face aux exigences du Livre CGT, prompt à déclencher des grèves coûteuses.
Les grands quotidiens commencent à décliner :
France Soir perd 300.000 exemplaires entre 1967 et 1972.
Paris Jour (du groupe Del Duca) jette l'éponge en janvier 1972.
La télé est accusée de "pomper" la publicité, autorisée dans les "étranges lucarnes" depuis l'automne 1968.
Quelques rares voix s'expriment comme Jacques Fauvet, directeur du Monde :
Il n'hésite pas à considérer que " l'élément central de la crise est celui des conditions de fabrication, d'exploitation et de distribution de la presse française ".
En 1974, Combat disparaît. Le Quotidien de Paris, qui lui succède survivra jusqu'à fin 1996. Le Matin de Paris, lancé en 1977, disparaît en mai 1987.


Pour passer du 19e au 20e siècle, il faudra le coup de force d'Emilien Amaury, patron du Parisien Libéré, au milieu des années 70.
Il construira son propre centre d'impression, indépendant du syndicat.
Après deux années de bras de fer, des grèves à répétition, l'occupation des imprimeries, et des ventes divisées par deux, Amaury meurt accidentellement en 1977, d'une chute de cheval.
En 1983, son fils Philippe Amaury prend la tête du groupe avec l'aide de Jean-Luc Lagardère qui rentre à hauteur de 25 % dans le capital (et qui en sort en 2013).

Fin 2015, le groupe Amaury cède le Parisien au groupe LVMH de Bernard Arnault, déjà propriétaire des Echos.
Le quotidien L'Equipe (et L'Equipe TV) sont conservés, le groupe se recentrant sur l'événementiel : Amaury Sport Organisation (ASO) organise le Tour de France, Paris-Roubaix, Paris-Nice, le Dakar, le Marathon de Paris, l'Open de France.

Paru aux éditions Ramsay 1997
Autre saga avec Robert Hersant.
Condamné en 1947 pour collaboration, amnistié en 1952, le fondateur de L'Auto Journal, est élu député radical socialiste de l'Oise en 1956.
En 1953, il rachète l'Oise Matin.
En 1958, il fusionne plusieurs journaux de la Vienne et crée Centre Presse
En 1967, il rachète Nord Matin, journal socialiste du bassin minier...
Ce proche de François Mitterrand, prend la tête d'un empire de presse, la Socpresse. On le surnomme "le papivore".
Rien ne l'arrête...
En 1975, il rachète Le Figaro. 
En 1976, France Soir. 
En 1978 L'Aurore. Une kyrielle de journaux régionaux tombe dans son escarcelle, évitant leur disparition.

Entré dans le capital de la chaîne de télé La Cinq (1987-1990) aux côtés de Silvio Berlusconi, il achète aussi des journaux en Pologne, Hongrie et Tchéquie (revendus en 1996-97).

Face à cette concentration jugée dangereuse pour la démocratie, la nouvelle majorité socialiste sortie des urnes en 1981, s'inquiète des risques qui pèsent sur le pluralisme. Paradoxe, elle supprime le monopole d'Etat sur la radiotélévision, laissant libre cours aux groupes privés.
Le gouvernement Mauroy présente un projet de loi visant à limiter à 15 % le seuil maximum de diffusion par un même groupe, garantissant le pluralisme, dans l'esprit des ordonnances de 1944.
Mais la loi du 23 octobre 1984, souvent appelée " loi anti Hersant ",  ne sera jamais appliquée...
En 1986, le gouvernement Chirac de cohabitation, assouplit les règles par la loi Léotard du 1er août 1986, particulièrement libérale. Elle limitera tout groupe à 30 % de la diffusion des publications quotidiennes imprimées de même nature.
Les seuils retenus laissent la possibilité aux entreprises de presse d'éditer, dans une région, une publication quotidienne et d'exploiter dans la même zone, une télé " dès lors qu'elles s'abstiennent de toute activité dominante en matière de radio ".
Le dispositif anti-concentration ne prend en compte que les quotidiens et laisse de côté les magazines...
En 2000, la loi est remaniée et une même personne physique ou morale ne peut détenir, directement ou indirectement, plus de 49 % du capital ou des droits de vote d'une société de télévision hertzienne, dont l'audience moyenne par un réseau analogique ou numérique, dépasse 8 % de l'audience totale des services de télévision.


LE PARTAGE DES TERRITOIRES



1985 : le groupe Hersant contrôlait 
38 % de la presse nationale française et un cinquième de la presse quotidienne régionale. 
Pour contourner la loi de 1984, deux entités juridiques sont créées, Socpresse et France Antilles (du nom du quotidien édité en Martinique-Guadeloupe-Guyane).
A la différence d'Amaury, Hersant fera alliance avec le Livre CGT en concluant des accords permettant la modernisation des journaux, en transférant des tâches aux journalistes grâce à l'informatisation des rédactions.

1996 : Le groupe se développe jusqu'à la mort de Robert Hersant le 21 avril 1996.

2004 : La Socpresse est reprise à 
87 % par le groupe Dassault (à 
100 % en 2006, en rachetant les 
13 % détenus par la petite-fille d'Hersant).

2005 : les quotidiens Presse-Océan, Le Courrier de l'Ouest, Le Maine Libre, sont revendus au groupe Ouest-France.
Le groupe L'Express-L'Expansion passe des mains de Dassault au belge Roularta, et les quotidiens Le Progrès, Le Dauphiné, Bien Public, Journal de Saône-et-Loire sont cédés au groupe L'Est Républicain (groupe EBRA) racheté en 2009 par le Crédit Mutuel

Les journaux du Pôle Nord, La Voix du Nord, Nord-Eclair, Nord-Matin, La Voix de l'Aisne, Nord Littoral, Le Courrier Picard, intègrent le groupe belge Rossel.


2011 : le fils de Robert Hersant, Philippe Hersant, qui dirige le groupe Hersant Média (GHM), endetté à hauteur de 200 M€, est contraint de déposer le bilan des journaux d'annonce Paru Vendu, de la filiale Comareg. Un lourd plan social concernera 2.400 salariés.

2012 : dans l'impossibilité de rembourser l'emprunt contracté en 2007 pour l'achat des quotidiens du sud au groupe Lagardère, il revend La Provence, en 2013, Nice Matin, Corse Matin et Var Matin en 2014. 
En Normandie, les quotidiens Paris Normandie, et ses titres associés Havre Presse, Havre Libre, Progrès de Fécamp, propriété de France-Antilles depuis les années 70, connaîtront en 2005 un lourd plan social. Ils seront rachetés en 2012 par les journalistes Xavier Elie et Denis Huertas qui  fondent la Société normande d'information et de communication (SNIC). En 2016, le redressement judiciaire suscitera les convoitises du groupe Rossel mais au final, en avril 2017, l'industriel normand Jean-Louis Louvel, devient actionnaire à 49 % avec 750.000 € d'apport.
En 2020, en pleine crise du coronavirus, PN est placé en liquidation judiciaire.

De 2009 à 2013, le pôle outre-mer est peu à peu revendu à des opérateurs locaux (Dépêche de TahitiJournal de la Réunion détenu par l'homme d'affaires réunionnais Abdul Cadjee, Les Nouvelles Calédoniennes, France Antilles - AGM Antilles Guyane Médias sont repris en 2017 par AJR Participations avec Aude Jacques-Ruettard, petite fille de Robert Hersant).
En avril 2020, Xavier Niel reprend France Antilles qui se trouvait en liquidation judiciaire depuis fin janvier, via la société NJJ Press, émanation de sa holding personnelle.


RECAPITALISER POUR INVESTIR


La concentration des titres, tant décriée, a permis de baisser les coûts mais les économies d'échelle, n'ont été que partielles. 
En raison du poids du Livre CGT, il sera longtemps impossible de réduire les moyens d'impression qui représentent les investissements les plus lourds. Chaque titre gardera souvent sa rotative sous utilisée, du fait de la baisse inexorable des tirages.
Pour avoir la paix sociale, le patronat a cédé aux exigences de la FILPAC-CGT, acceptant augmentations de salaires, primes, multiplication des équipes et règle du fini-parti.
Pour investir et moderniser les entreprises, la plupart ont été confrontées à l'absence de fonds propres.
Cette sous capitalisation structurelle était liée à l'actionnariat fermé (SAPO, sociétés de rédacteurs, propriétés familiales) destiné à éviter les prises de contrôle extérieures.
Ces dernières années, des groupes étrangers ont pris des participations leur permettant de contrôler des médias français (PQR, PQN et presse magazine). Une tendance en fort développement.

Le banquier Matthieu Pigasse, actionnaire du Monde a cédé 49 % de ses actions au groupe Czech Media Invest du milliardaire tchèque Daniel Kretinsky qui a également racheté Marianne et une série de magazine du groupe Lagardère.

Des groupes belges ont fait de l'entrisme dans la PQR : 
Rossel pour le "Pôle Nord" (14 quotidiens dont 7 en France) avec La Voix du Nord (qui a connu un plan social en 2017), Nord-Eclair, Nord Littoral, Le Courrier Picard, L'Union - L'Ardennais, L'Est Eclair et Libération Champagne.
Nethys pour les groupes Nice Matin  jusqu'à la cession à Xavier Niel en juillet 2019 et La Provence.


Sans recourir aux financiers, la PQR arrive aussi à se restructurer en interne :


> Le groupe SIPA-Ouest France, est devenu l'actionnaire majoritaire de sa filiale Spir Communication, en pleine déconfiture. Sa cotation en bourse a été suspendue fin 2016, en raison de 62 M€ de pertes et l'essentiel de ses activités ont été cédées. 
Sa participation au gratuit 20 Minutes a été vendue pour 2,5 M€ à la maison mère SIPA-OF.


LES GRANDS GROUPES FRANCAIS

Dans le paysage actuel, on trouve une dizaine de groupes de presse français où dominent des capitaines d'industries qui ont assuré la recapitalisation des journaux : 

Bernard Arnault : 1ère fortune de France 66,9 Md€ (Forbes 2019). 
Groupe LVMH 
Les Echos, Aujourd'hui en France, Le Parisien (éditions départementales), Radio Classique, Connaissance des Arts, Investir. 
Via sa filiale Ufinvest, 300.000 € ont été injectés dans le pureplayer Slate.fr et 6 M€ pour la création du quotidien libéral L'Opinion.

François Pinault : 3e fortune de France 26,1 Md€ (Forbes 2019)
Holding Artemis

Le Point (326.216 ex.) mais aussi Christie's, Stade Rennais, Théâtre Martigny, éditions Taillandier, Agence Agefi (mise en vente). Depuis mars 2018, l'hebdomadaire Point de vue a été cédé par le groupe Drahi.
Pour 2020, le Point espère que ses pertes seront inférieures à 10 M€.

Famille Dassault : Suite au décès à 93 ans de Serge Dassault  (4 avril 1925-28 mai 2018) propriétaire du groupe Le Figarosénateur de l'Essonne, sa famille a pris le relais. C'est la 4e fortune de France 21,1 Md€ (Forbes 2019).
Outre le quotidien, Le Figaro Magazine, Madame Figaro  et TV Magazine sont gérés au sein de la branche médias de la holding Groupe Industriel Marcel Dassault.
La prise de contrôle remonte à juin 2004 (en 2002, Dassault était entré à hauteur de 30 % dans la Socpresse d'Hersant qui contrôlait alors le groupe).
2015 : rachat du groupe CCM Benchwark (L'Internaute, le Journal des Femmes, Droit finances.fr, Copains d'avant, Le Journal du Net, Santé Médecine.fr).
Le groupe Figaro est ainsi devenu le leader français des médias numériques (24 M de visiteurs uniques par mois).
Fin 2016 : rachat de Viadeo.
" C'est finalement moins un papivore comme son prédécesseur Robert Hersant, qu'un papy web au service de ses intérêts industriels " écrivent Amaury de Rochegonde et Richard Sénéjoux dans Médias Les nouveaux empires (p. 106, First document, 2017)

Patrick Drahi (dr)

Patrick Drahi : 9e fortune de France 6,8 Md€ (Forbes 2019) 
Holding : Next Limited Partnership basée à Guernesey.
Actionnaire principal d'Altice avec SFR Group et sa filiale SFR Média. A racheté la maison d'enchères Sotheby's pour 3,4 milliards de dollars.
Libération : entré dans le capital en 2014, Altice s'est retiré en avril 2020 à la faveur de la crise sanitaire. Le journal, très endetté, devient une société à but non lucratif.
i24news, BFM, BFM business, BFM sport, BFM Paris, RMC, RMCNewsSport.
Un plan de reconquête post-Covid est lancé pour les médias audiovisuels de la filiale NextRadioTV.



L'Express, racheté à titre personnel par Alain Weill (PDG d'Altice France) suite au rachat (270 M€) de son groupe NextRadioTV par Altice, a mis en oeuvre un PSE en octobre 2019 avec 26 suppressions de postes qui s'ajoutent au 58 départs de journalistes qui ont fait jouer la clause de cession. 
L'Expansion a cessé de paraître en février 2017.

Altice détient aussi le câble-opérateur américain Cablevision, Suddenlink, Portugal Telecom (et le groupe Media Capital, plus gros groupe de médias portugais), Hot Telecom en Israël.
Depuis août 2017 Altice Studio, désormais en concurrence avec Canal +, produit et propose films et séries.


Début janvier 2018, Patrick Drahi, pris dans une tourmente boursière et financière, a annoncé une réorganisation en séparant ses activités américaines des activités européennesLa nouvelle structure d'Altice Europe (31,8 milliards d'euros de dettes au 2e trimestre 2018) réunit les activités d'opérateur (SFR et Portugal Telecom) et le pôle média.
Les activités médias visent "1 milliard d'euros de chiffre d'affaires dans un délai raisonnable " (elles représentent actuellement 500 M€) et confirme que la priorité est donnée à la "transformation digitale" via les abonnements numériques. 
La stratégie du groupe est de miser sur le développement de la fibre optique et sur la convergence médias-télécoms.
La filiale SFR presse affichait au bilan de l'année 2018, quelque 24 M€ de pertes pour les seuls publications Libération et L'Express.
Pratiquant l'optimisation fiscale, SFR n'a payé que 53 M€ d'impôts en 2018 après un redressement fiscal de 31 M€ pour utilisation frauduleuse de la fiscalité réduite en faveur du kiosque numérique. 

Vincent Bolloré : 12e fortune de France 4,5 Md€ (Forbes 2019). 
A la tête des conseils de surveillance de Vivendi, et de sa filiale Canal +.
Il contrôle aussi Euro Media, leader de la production audiovisuelle, depuis le rachat de la SFP (Société Française de Production) en 2011.
Direct Matin, quotidien gratuit, lancé en 2007, compte 2,4 millions de lecteurs. Le groupe Le Monde est également présent dans le capital (30 %). Des éditions régionales sont distribuées en association avec les groupes de presse régionale.

Xavier Niel : 18e fortune de France 3,6 Md€ (Forbes 2019) - NJJ Holding (capital 1,39 Md€)
Groupe Le Monde :  en copropriété avec Matthieu Pigasse.

Le quotidien Le Monde (278.000 ex.) et les hebdos Courrier International (166.395 ex.), La Vie (83.835 ex.), Télérama (531.497 ex.), L'Obs (332.753 ex. - 7,38 % / 2016).
Actionnaire à 100 % de Nice-Matin et de France Antilles, à 11 % de La Provence.
Associé dans Mediawan
Actionnaire avec Bruno Ledoux de 40 % de Le Nouveau Magazine Littéraire. 
Co-actionnaire avec une vingtaine de personnes des Cahiers du Cinéma.
Co-actionnaire de Causeur et de Polka Magazine.

En octobre 2018, Matthieu Pigasse a revendu au tchèque Daniel Kretinsky 49 % de sa société Le Nouveau Monde qui détient 75 % du capital de la société éditrice du quotidien.
(Lire Le Point du 28.10.2018). L'associé-gérant de Lazard Frères se retrouvant à titre personnel à un haut niveau de surendettement, il doit céder la totalité de ses parts au magnat tchèque, estime une enquête de la Lettre A (mai 2019).


Arnaud Lagardère : groupe Lagardère
13,03 % du capital appartiennent à Qatar Holding, présent depuis 2006.

Au printemps 2018, le groupe annonce que médias (Lagardère Active) et sport ne sont plus sa priorité, pour se recentrer sur l'édition et le "travel retail".

Lire aussi : Bernard Arnault vole au secours de la holding d'Arnaud Lagardère (Le Point 25.05.2020)


Fleurons et marques : Télé 7 Jours (1.095.949 ex.), Paris-Match (519.897 ex.), Elle (321.666 ex.), le JDD (180.030 ex.), Europe 1.  

En avril 2018, Lagardère Active a annoncé la cession d'actifs de son pôle News au groupe tchèque Czech Media Invest. 
Sont concernés les titres magazine Elle, Version Femina, Art&Décoration, Télé 7 Jours, France Dimanche, Ici Paris et Public.
Lagardère a revendu en juillet 2018 ses 42 % des magazines Marie-Claire et Cosmopolitan, édités par le groupe Marie-Claire, propriété de la famille Prouvost

Le désengagement du groupe Lagardère dans la presse avait commencé par la revente de Nice Matin et La Provence en 2008 au groupe Hersant Media, et en 2011 de 102  magazines au groupe Hearst en raison de l'écroulement des recettes publicitaires.


Fin 2013, une dizaine de titres avaient  été cédés pour préserver la rentabilité du groupe : 
Psychologies Magazine, Première (au groupe Rossel), Auto Moto, Be, Le Journal de la Maison, Mon Jardin & Ma Maison, Télé Magazine (groupe Reworld Media). 
Avaient déjà été cédés  : la chaîne Virgin 17, 20 % de Canal + à Vivindi, 25 % de sa participation dans Amaury, 20 % du Monde et 49 % des NMPP devenues Presstalis.

En juillet 2018, est annoncée la cession du pôle e-Santé : le site Doctissimo, propriété de Lagardère depuis 2008, à TF1 qui veut renforcer son public féminin, cible privilégiée des annonceurs. La plateforme de rendez-vous MonDocteur a été cédée à Doctolib.
Match TVcréée fin 2001, a été arrêtée en 2005.

Crédit Mutuel : la banque contrôle le groupe EBRA.

En 2018, EBRA envisage la suppression de 130 postes en raison de pertes estimées à 55 M€ en 2016. L'imprimerie du quotidien L'Alsace sera fermée au premier semestre 2018, entraînant la suppression de 70 emplois à Mulhouse, l'impression étant transférée sur le site des Dernières Nouvelles d'Alsace à Strasbourg. En projet, la suppression du centre d'impression de Woippy, du Républicain Lorrain qui sera imprimé sur les rotatives de L'Est Républicain, près de Nancy. 
Déjà, en 2015, un plan social avait entraîné la suppression de 96 postes au Bien Public et au Journal de Saône et Loire, l'impression des deux titres bourguignons ayant été transférée à Chassieu (Rhône) dans l'imprimerie du Progrès.


Claude Perdriel est
polytechnicien (dr)

Le groupe Renault est devenu en décembre 2017 actionnaire à  40 % du groupe Claude Perdriel, par l'apport de 5 M€. Le groupe automobile veut mettre services et contenus éditoriaux adaptés dans les voitures connectées de demain.
En 2012, le polytechnicien à la tête du groupe industriel (SETMA) et de la marque de sanibroyeurs SFA, cèda les 2/3 du capital de L'Obs, au groupe Le Monde
Le groupe Perdriel édite Sciences et Avenir (235.307 ex.) et l'hebdo Challenges (201.992 ex.) fondé en 1982, avait été racheté par Perdriel en 1987. Début 2021,  le groupe LVMH de Bernard Arnault entre au capital à hauteur de 40 %. 

Depuis juin 2016, Perdriel est l'unique propriétaire de Sophia Publications qui édite La Recherche (26.786 ex.), L'Histoire (44.123 ex.), Historia (53.837 ex.), Le Nouveau Magazine Littéraire (17.438 ex.). Avec un déficit proche de 2 M€ en 2018, cette publication détenue par Perdriel, Xavier Niel et Bruno Ledoux, entend développer un créneau évènementiel et fusionner avec Lire.


Iskandar Safa : homme d'affaires franco-libanais, propriétaire du groupe Valmonde édite Valeurs Actuelles (114.193 ex.) - racheté en 2015 au groupe Pierre Fabre - Mieux Vivre Votre Argent, Jour de cheval, Marine & Océanspropriété de Privinvest Médias, filiale de la holding Privinvest, dont Etienne Mougeotte et Charles Villeneuve sont actionnaires.

Yves de Kerdrel est président de Valmonde depuis 2012. Devenue société à directoire, Valmonde a placé Etienne Moujotte à la tête du conseil de surveillance. Geoffroy Lejeune (ESJ 2011), membre du directoire est également directeur de la rédaction depuis mai 2016. Son petit frère Bastien Lejeune est le rédacteur en chef.


SOUS PERFUSION ETATIQUE



Des dispositifs légaux de l'Etat permettent à la presse écrite française d'éviter son asphyxie financière.
     La répartition des aides à la presse (Actufinance 2017)

L'optimisation fiscale.- La crise économique de 2008-2009 a fait basculer plus d'un titre dans le rouge. Seuls les groupes les mieux structurés ont pu sauver leurs comptes grâce à l'astuce des holdings.
Les bénéfices de certaines sociétés sont compensés par les pertes d'autres sociétés d'un même groupe. Ces pertes viennent alors en déduction des impôts. 
Pour Jean Stern, journaliste spécialisé des médias, " Les hyper-riches ont tout simplement couché la presse dans une niche fiscale ". 
(Les patrons de la presse nationale. Tous mauvais ! La Fabrique, 2012).

Le taux réduit de TVA.- Depuis 1989, les publications de presse quotidiennes et périodiques bénéficient d'un taux super réduit de TVA à 2,1 % (sauf les publications à caractère pornographique, 20 %, et les publications avec un produit, 10 %). 
Un avantage jalousé par les éditeurs de presse en ligne qui ont dû attendre 2014 pour bénéficier du même taux réduit. 
Mediapart, qui s'était auto-appliqué ce taux plus favorable entre 2008 et 2014 devra même s'acquitter d'un redressement fiscal de 4,1 M€...
Altice appliquait aussi le taux préférentiel à son kiosque numérique (SFR Presse).
Fin 2017, le Code des impôts a été modifié. 

Les aides directes.- Il s'agit du Fond stratégique pour le développement de la presse et l'aide à la diffusion.
Les montants, titre par titre, ne sont connus que depuis 2012.
Cette année là, la Cour des Comptes estimait ces aides à 306 M€. dont 69 M€ d'aides directes.
En 2013, 288 M€ dont 66 d'aides directes. (voir l'analyse des chiffres Le Monde 6.5.2014)
En 2014, 226 M€ dont 61 d'aides directes.
En 2015, l'aide postale (130 M€) n'est plus intégrée aux données, ce qui fausse les estimations et comparaisons.
Pour 2017, 261,9 M€ d'aides directes (+ 5 M€).

Le saupoudrage de l'argent public est particulièrement généreux en France, alors qu'il n'existe pas d'aides directes à la presse écrite au Royaume Uni, en Espagne (sauf au Pays Basque et en Catalogne pour soutenir les langues régionales), et en Allemagne. 
En Suède, les aides introduites en 1969, visaient à éviter la faillite de groupes de presse.

> Aides 2016 : lire l'analyse de Médiapart (13.2.2018)

Les aides indirectes fiscales et sociales.- Depuis l'arrêté du 26 mars 1987 les entreprises de presse bénéficient d'un abattement de 20 % sur les cotisations sociales des journalistes. Les colporteurs bénéficient aussi d'un régime favorable. 

Les aides postales.- L'intervention de l'Etat en faveur de la presse écrite résulte d'une sédimentation historique de dispositifs successifs : l'aide au transport postal remonte au XVIIIe siècle. En 1920, la presse obtint l'exonération de la taxe sur le chiffre d'affaires (ancienne TVA). 
Les art. D18 à D27 du code des postes prévoit des tarifs préférentiels pour la presse pour son acheminement et sa distribution postale. La grille tarifaire est fonction du poids, de l'urgence et du degré de préparation des expéditions.

Les préconisations du rapport Cardoso

En 2010, le rapport d'Aldo Cardoso diagnostiquait une presse écrite " sous assistance respiratoire permanente ". Il conseillait au gouvernement de mettre un terme au dispositif et de rendre ces aides plus efficaces en conditionnant leur octroi à la mise en place de stratégies d'innovation et de maîtrise des coûts, à coup d'indicateurs objectifs comme le taux moyen de réabonnement, les résultats financiers ou les effectifs dans les rédactions et les imprimeries.
Depuis 2013, les aides sont devenues effectivement conditionnelles, les éditeurs devant s'engager dans des " démarches de progrès sur des thématiques d'intérêt collectif comme le photo journalisme, l'éducation aux médias ou l'égalité entre hommes et femmes ".

Le Fonds stratégique pour le développement de la presse (FSDP) qui comportait trois sections jusqu'en 2013 (aides aux projets de modernisation et de mutations industrielles, investissements vers la presse en ligne, développement du lectorat) a été réformé en 2016 et un Fonds de soutien à l'émergence et à l'innovation dans la presse a été instauré, couvrant notamment des bourses pour un programme d'aide aux incubateurs de presse et un dispositif de soutien à des programmes de recherche et développement. Pour 2017, il a été doté de 5 M€.

Après les attentats islamistes de 2015, les aides au pluralisme, jusqu'alors réservées depuis 1972 aux publications d'information politique et générale tirant à moins de 200.000 exemplaires dont les ressources publicitaires sont inférieures à 30 % du chiffre d'affaires (Libé, La Croix, L'Humanité), ont été étendues à l'ensemble des publications.

2015 : l'aide au portage représentait 32,6 M€ et le FSDP 10,1 M€.

2016 : répartition des aides : 
Aujourd'hui en France arrive en tête (7,7 M€), suivi par Libération (6,49 M€), Le Figaro (6,45 M€), Le Monde (5,43 M€), La Croix (4,4 M€), Ouest France (4,09 M€), L'Humanité (3,59 M€), La Dépêche du Midi (1,65 M€), Les Echos (1,64 M€) etc.

2017 : le montant total des aides de l'Etat attribuées à la presse écrite s'élevait entre 580 M€ et 1,8 Md €.
De 2012 à 2017, Le Figaro, Le Parisien et Le Monde ont été en tête des aides à la presse, suivis par Ouest France et Libération, d'après les données du Ministère de la Culture.


Les médias ont également profité du fonds Google (60 M€ sur 3 ans à partir de 2015). Un soutien financier ponctuel jusqu'à fin 2016 pour soutenir les projets innovants de développement numérique.
Qui en a profité ?  (16,1 M€ en 2014)
Le projet CrossCheck a également été financé par Google News Lab, un projet collaboratif associant une quinzaine de médias pour lutter contre les "fake news".

Lire aussi : "Il faut aider tous les journaux de la même catégorie, sinon l'Etat n'est plus garant du pluralisme" (France Culture 7.02.2019)

Les aides à la presse en Europe : rapport sénatorial 2004 

QUEL AVENIR ?


Pour survivre, la presse écrite va devoir inventer un nouveau modèle économique. 
Des solutions existent :

> La convergence 

Le groupe Altice propose la convergence, qui entend réunir dans un même ensemble réseaux et contenus. 
Drahi met en avant l'amélioration de la qualité de service, une offre élargie et un développement à l'international. 
Un pari risqué sur le plan financier mais Patrick Drahi se veut l'anti Jean-Marie Messier estimant que SFR pourra payer les intérêts de sa dette et rembourser son emprunt.
Un calcul basé sur le peu d'influence des taux d'intérêt sur la durée de la dette, à condition que les taux d'intérêts ne remontent pas.
Illustration de cette stratégie : fin 2015, les droits de la Premier League (le championnat anglais de football) ont été acquis pour 300 M€ pour trois saisons. 


> Accélérer le virage numérique et la mutation digitale
Après l'erreur magistrale de l'info gratuite (presse papier avec 20 Minutes, Métro, Direct Matin, et sur le Web), les éditeurs développent le paywall.

Exemples : 

Le Figaro.fr est devenu le premier site d'actualité avec près de 7 millions de visiteurs uniques mensuels. Le groupe Figaro est également premier sur les mobiles avec de nombreuses applications : chainemeteo.com, Wansquare (économie-finance), Figaro Classifieds (petites annonces), cplussur.com (courtage en assurance), Figaro Gold, Figaro Santé, Figaro Enchères, Figaro Nautisme, Figaro Bourse.

Les pureplayers se développent mais restent encore marginaux : 
Mediapart (2008), Slate (2008) financé par Benjamin et Ariane de Rothschild, à la tête de la banque suisse Edmond de Rothschild, via Cattleya Finance (Luxembourg). Atlantico (2011), The Huffington (2012) détenu à 51 % par la maison mère américaine, 34 % par Le Monde et 15 % par le banquier Matthieu Pigasse
Les Jours (2016).


La Cour des Comptes, dans un rapport de février 2018, préconise la réforme des aides à la presse en les orientant vers le numérique. 
L'institution demande "l'examen de la substitution des différentes aides à la diffusion, au portage et au postage par une aide à l'exemplaire portant aussi bien sur ceux vendus au numéro et par abonnement, en version imprimée comme numérique". 
Une recommandation applaudie par le Spiil (syndicat de la presse indépendante en ligne), qui souhaite inscrire "la neutralité des supports comme principe des aides à la presse".

> Reconquérir les marchés publicitaires 

En sachant qu'un lecteur numérique rapporte pour l'instant entre 1 et 3 € par an contre 20 à 60 € pour un lecteur papier - le modèle de monétisation lié à la pub numérique est loin de s'imposer. (Lire La nouvelle réalité des médias : ni publicité ni papier ?)

Exemples : 

Pour améliorer leurs performances, des alliances ont été conclues par les éditeurs. Depuis septembre 2017, les annonceurs peuvent acheter directement de la publicité sur l'ensemble des supports. Ce "guichet unique" s'appelle Gravity
Une centaine de médias français, mais aussi SFR et le groupe Fnac Darty, partagent leurs données publicitaires pour mieux commercialiser leur offre digitale auprès des annonceurs.
Le Monde et Le Figaro ont créé de leur côté Skyline : une mise en commun numérique pour les annonceurs afin de contrer l'offensive de Google et Facebook. (Lire Le Point du 28.8.2017) 

> Développer les services aux lecteurs

La presse américaine investit dans ce créneau.
Le PDG d'Amazon, Jeff Bezos, propriétaire du Washington Post, utilise tous les ressorts de la technologie pour développer des outils marketing, multiplier les alertes, tout en développant les effectifs rédactionnels pour encourager le journalisme d'investigation. (Lire CNBC du 21.6.2017 et L'Express 29.12.2016)
Daily briefings thématiques (newsletters), visual journalism (la force des images), sont des innovations développées par le New York Times. (Lire le point de vue d'Eric Mettout dans L'Express du 25.1.2017)
La presse française devrait s'en inspirer...

> La PQR doit conforter ses atouts

Proximité, contenus spécifiques. Chaque titre puise sa valeur ajoutée dans l'info de proximité grâce à l'éditionnement, la fidélisation de sa clientèle (source de trésorerie) par le portage à domicile, la diversification éditoriale.
Une logique payante qui a vu les grands groupes de PQR-PQD investir aussi dans la presse régionale hebdomadaire, particulièrement développée, avec plus de 7 millions de lecteurs.

Exemples : 

Ouest France : 52 éditions dans 12 départements (550 journalistes et 2500 correspondants). 
Sud Ouest : 21 éditions, La Voix du Nord 24.
Au total, la PQR-PQD emploie 18.000 salariés dont 5.000 journalistes et 18.000 correspondants (statut de travailleur indépendant).
Ces groupes se sont diversifiés dans le multimédia et contrôlent un réseau de 15 télés urbaines, plus ou moins rentables, avec le risque de dépendance aux collectivités territoriales et leurs pouvoirs politiques.
L'offre éditoriale s'est élargie avec le développement de la presse du 7e jour mais force est de constater la stagnation ou la régression des ventes pour tous les titres, à part Ouest-France dimanche, L'Equipe dimanche et Le Petit Bleu du Lot-et-Garonne Dimanche...

> Continuer de recapitaliser pour investir

Exemple de ce processus vital, le quotidien Corse Matin, propriété de Bernard Tapie depuis 2014, a conclu un accord fin décembre 2017, avec le groupe industriel CM Holding qui va rentrer à 35 % dans le capital. 
Lire dans Le Monde (21.04.2018)

En 2011, le Crédit Agricole Nord de la France avait pris une participation de 25 % dans La Voix du Nord pour l'accompagner dans sa mutation numérique.



LA MARSEILLAISE (proche du Parti communiste) dernier vestige du pluralisme en région, le quotidien annonçait en janvier 2018 un plan social entraînant la suppression de la moitié de ses effectifs (44 emplois sur 85)... Après 18 mois de redressement judiciaire, le tribunal de commerce l'a allégé de la moitié de sa dette (7 M€) et il bénéficie de l'apport financier de nouveaux actionnaires - Médias & publicités (qui apporte 1 M€ après avoir injecté 300.000 € en novembre 2017). Le promoteur Quartus  va conforter le titre par l'apport de 300.000 € en détenant désormais la majorité des actions des Editions des Fédérés, société éditrice du journal (25 %). L'association Les Amis de la Marseille apporte 100.000 € de souscriptions.
Avant la fin 2018, le quotidien (tirage : 15.000 ex.) a dû supprimer ses cinq éditions, hors Bouches-du-Rhône et Var pour alléger ses charges. 
Quartus va payer le crédit-bail de 2,5 M€ accordé en 2012 par la Caisse d'Epargne, le journal n'étant plus propriétaire de son siège qui deviendra propriété entière du promoteur en 2024, La Marseillaise devenant simplement locataire.
Quartus est déjà associé à Nice-Matin pour "la sauvegarde du pluralisme de la presse écrite dans la région" et entend ainsi "mutualiser les achats, travailler sur la question de l'impression, du numérique, de l'organisation d'événements".
Piste utopique : 

> Le financement participatif
Alors que les médias français restent prisonniers des aides de l'Etat, et de structures capitalistiques classiques, l'économiste Julia Cagé a préconisé en 2015 l'instauration d'un modèle à contre courant, basé sur le financement participatif.
Elle développe son projet autour de sociétés de médias à but non lucratif, intermédiaire entre le statut de fondation et celui de société par actions.
Lire ici son argumentaire.
Proche du socialiste Benoît Hamon (elle était responsable du pôle économique de sa campagne présidentielle de 2017), cette normalienne, diplômée de Harvard, professeur à Sciences Pô Paris, est membre de la commission économique de la Nation, et membre du CA de l'AFP depuis fin 2015.


MUTATION DIGITALE ET DIVERSIFICATION : QUELQUES EXEMPLES

Quelques rares groupes de presse commencent à re-gagner de l'argent. Ils ont franchi le pas de la mutation digitale avec un certain volontarisme quand d'autres restent trop hésitants. La diversification évènementielle est aussi une voie nouvelle.

Pour le digital, l'exemple est venu du Royaume Uni avec The Guardian.

° Le Monde Avec 190.000 abonnés numériques, le quotidien du soir est en passe de réussir sa mutation numérique. Numérique : le grand soir du Monde titre Libération (24.03.2019).
La rentabilité des abonnements numériques serait de 5 à 10 % supérieure à celle des abonnements papier. Résultat, le déficit d'exploitation du Monde ne serait plus que de 4,4 M€ en 2017 au lieu de 7,8 M€ en 2016.


° Le Télégramme (195.586 ex.). Propriété de la famille Coudurier, ses recettes publicitaires ne représentent plus que 25 % de l'ensemble de ses recettes mais 50 % du chiffre d'affaires provient de la diversification (Printemps de Bourges, sites spécialisés, courses de voile).
Ces activités parallèles à la presse passent par des participations dans 44 sociétés où le sport est prépondérant.
En 2014, le groupe a racheté OC Sport, une société britannique spécialisée dans le marketing et l'évènementiel sportif.
Edouard Coudurier assume pleinement ces choix et considère qu'à terme, la presse ne représentera plus qu'un tiers des activités du groupe.

° La Dépêche du Midi (140.371 ex.) a absorbé en juin 2015 le groupe Midi Libre pour 15 M€, racheté à Sud Ouest qui l'avait racheté au groupe Le Monde 90 M€ en 2007.
La restructuration du groupe a condamné 350 emplois mais la stratégie de diversification digitale est engagée.
Son DG, Jean-Nicolas Baylet, appuie cette stratégie sur :
- Midi Tour : application dédiée au tourisme, aux balades et aux découvertes de la région
- Midiolympiques.fr : réseau social sur lequel l'identité de l'inscrit se base sur ses compétences rugbystiques
- Toulouse à domicile : propose la livraison de restauration à domicile. 
En 2017, la filiale Midol Sports a regroupé l'ensemble des marques consacrées au rugby du groupe : le bi-hebdo Midi Olympique, Rugbyrama.fr, Les Oscars Midi Olympique, Gentleman et Ovalie Communication.

- Courses Color me Radla régie commerciale est assurée par La Dépêche

° La Provence organise à Marseille le Salon de la Moto, du scooter et quad. ° Le groupe Rossel (La Voix du Nord) dispose de sites spécialisés : achat de voitures neuves, locations de maisons de vacances, le premier site de rencontres belge rendez-vous.be.

° Sud Ouest (239.362 ex.) s'est engagé dans un plan à trois ans pour économiser 10 M€.
Olivier Gerolami, PDG jusqu'en mai 2019, considérait qu'il faut "changer la matrice calendaire parce que l'heure du bouclage ne veut plus rien dire sur le web". 
En mars 2016 il lançait un nouveau cap numérique : introduction du freemium et du responsive design (lecture sur tous supports), fusion des rédactions de TV7 et du quotidien, développement du plurimédia avec des journalistes plus polyvalents. 


° EBRA (Crédit Mutuel), et ses neuf quotidiens, après avoir engagé la mutualisation de ses moyens et la fermeture de deux imprimeries (lire plus haut : le partage des territoires), se lance aussi dans le numérique. 
Son DG Philippe Carli (ancien PDG de Siemens) s'est déclaré partisan du "digital first", le numérique devant prendre le pas sur le papier. Fin 2020, le groupe se diversifie dans l'audiovisuel en créant Ebra Production avec deux pôles, à Strasbourg et Lyon.

° Centre France a racheté en 2017 le site "pecheur.com" (vente en ligne d'articles de pêche et chasse), leader dans son domaine avec 700.000 clients. 
Lire aussi : Innover pour engager l'avenir, par Michel Habouzit, DG de Centre-France (novembre 2013).
A la rentrée 2018, Soizic Bouju, directrice déléguée du groupe, impose cette nouvelle stratégie.

° Ouest-France multimédia est entré en février 2018 dans le capital (à hauteur de 500.000 €) de Flatchr International, une startup qui développe des outils de recrutement intelligents pour le site emploi national france-emploi.com.   
Pour mémoire, Spir Communication (groupe Ouest France) avait fait l'erreur stratégique en 2010 de céder 50 % du site Le Bon Coin au norvégien Schibsted, alors copropriétaire du gratuit 20 minutes avec le groupe Sipa-Ouest France.
Le groupe Ouest France poursuit par ailleurs sa diversification avec une prise de participation de 22 % dans la radio Alouette FM, propriété de la famille Villiers. Le groupe contrôle déjà les stations Radio Cristal, Océane FM et Hit West. 
En septembre 2018, l'intersyndicale du groupe Sipa Ouest-France a appelé à la grève contre le projet de réorganisation qui prévoit 56 suppressions d'emploi. Outre la mutualisation des contenus avec les Journaux de Loire (Courrier de l'Ouest, Maine Libre, Presse Océan), Ouest France prévoit la réduction de ses coûts : dans le Finistère (où le Télégramme domine) la pagination va être réduite et le numérique développé. Dans la Sarthe, 8 postes sont conservés sur 27, avec des fermetures de rédactions et le transfert du siège départemental dans les locaux du Maine Libre.
Dans le Maine-et-Loire, où le Courrier de l'Ouest domine, les 2/3 des effectifs de Ouest-France seraient supprimés.


L'INDEPENDANCE EXISTE ENCORE...
Le "pure player" lancé en 2016 par d'anciens journalistes de Libération, a fondé un an après sa création, une "société des Amis".
Elle permet aux abonnés de devenir actionnaires en bénéficiant d'un abattement fiscal
Une disposition rendue possible par la loi Bloche, contestée par ailleurs. 
Cette loi sur " la liberté, l'indépendance et le pluralisme des médias ", permet, par son article 23, à des actionnaires exclusivement individuels de prendre des parts. 
Si le média a le statut d'entreprise solidaire de presse, les souscripteurs bénéficient d'une réduction d'impôt sur le revenu de 50 % du montant investi, plafonné à 5000 € pour un célibataire et 10.000 € pour un couple. (Matthieu Pigasse, Xavier Niel et Pierre-Antoine Capton sont actionnaires minoritaires via Mediawan, société d'investissement spécialisée dans les médias et le divertissement).

L'OPINION . Ce quotidien (du lundi au vendredi), fondé en 2013, à la fois "papier" et numérique, n'est pas adhérent de l'ACPM (ex OJD). Diffusion déclarée : entre 25.000 et 30.000 ex. / jour. 
Nicolas Beytout (ancien président des Echos) est le principal actionnaire via Bey Médias, société par actions simplifiée. Sur les 16,8 M€ investis pour le lancement, 36 % des fonds de création (6 M€) ont été apportés par une filiale de LVMH de Bernard Arnault
La famille Bettencourt, via sa holding Thetys a apporté 5,2 M€. Des fonds ont également été apportés par Pierre Esnée (hôtellerie), Jean-Pierre Savare (imprimerie Oberthur et vignobles), le groupe Bic, et les Galeries Lafayette.

LA TRIBUNE, concurrent direct des Echos, fondé en 1985, a suspendu son édition papier quotidienne début 2012 pour la remplacer par une édition hebdo. 
Son principal actionnaire est un holding personnel du monégasque Franck Julien, président du groupe de nettoyage Atalian. Le journal économique mise sur le digital et les régions.

LE 1 HEBDO fondé en avril 2014 approfondit chaque semaine un sujet unique d'actualité en faisant appel à des écrivains, des chercheurs, des artistes...
Son format A4 révèle 8 pages lues en moins d'une heure. Vendu 2,80 € chaque mercredi (kihttps://www.lepoint.fr/societe/quatre-ans-apres-l-attentat-charlie-hebdo-fustige-le-retour-des-obscurantistes-05-01-2019-2283511_23.phposques et abonnements), il est dirigé par Eric Fottorino, ancien journaliste et PDG du Monde de 2007 à 2011.
Edité par FGH Invest, son capital est constitué par ses fondateurs : Fottorino, Nathalie Thiriez, directrice artistique spécialisée dans l'informatisation des rédactions, Laurent Greilsamer - également ancien du Monde - et Henry Hermand (décédé fin 2016), pionnier de la grande distribution, ancien président du groupe Progest, ancien du PSU, il a été vice-président du Matin de Paris et a été un des mentors d'Emmanuel Macron.
Du fait de la crise financière de Presstalis, l'indépendance du 1 est menacée : lire l'appel lancé par Eric Fottorino.

> LE CANARD ENCHAINE

L'hebdomadaire satirique du mercredi a fêté ses 100 ans en septembre 2015. 
Diffusion : 358.347 ex. (2016) en baisse de 8,6 % / 2015 mais + 24 % sur les sept premiers mois de 2017 (élections).
Fidèle au grand format, refusant le passage au numérique et la publicité, il est la propriété exclusive de sa rédaction et de ses fondateurs.
Chaque année les bénéfices sont mis en réserve pour assurer l'indépendance financière.
Ces réserves, trois fois plus importantes que le chiffre d'affaires annuel, sont placées sur un compte non rémunéré et la réserve totale est estimée en 2016 à une centaine de millions d'euros.
Les 65 salariés (chiffres 2014) seraient les mieux payés de toute la presse française. En contrepartie les rédacteurs s'engagent à ne pas jouer en bourse, à ne pas faire de piges ailleurs, ni d'accepter cadeau ou honneur, notamment les décorations.
Le journal, fabriqué le mardi, présente sa Une sur un site dédié.
Le 7 janvier 2015, un commando islamiste décime la rédaction de l'hebdomadaire (12 tués).
Au bord du dépôt de bilan, il est alors devenu le journal le plus riche de France avec 8 M€ d'exemplaires vendus, 10 M€ de bénéfices, 1.750.000 € de dons, 250.000 € d'aide du Fonds d'innovation numérique de la presse, 200.000 € de l'association Presse et Pluralisme.
En juin 2015, Charlie opte pour le statut d'entreprise solidaire de presse nouvellement créé, pour consolider la presse indépendante. Ce statut impose au média de revendre au moins 70 % de ses bénéfices dans l'entreprise.
100 % des bénéfices ont été réinvestis.
Diffusion : plus de 250.000 ex. fin 2015 dont 210.000 abonnés. 
Fin 2018, les ventes ne sont plus que de 30.000 ex. en kiosque et 30.000 abonnés.
En 2016, le CA du journal est retombé à 19,4 M€ (60 M€ en 2015). En 2017, Charlie était déficitaire.
A propos de sa situation trois ans après la tuerie : lire dans Le Point du 3.01.2018
Début 2019, Charlie recherche de nouveaux actionnaires : lire Le Point du 6.01.2019
Lancé le 12 janvier 2018 à 200.000 exemplaires, Ebdo - 100 % papier, sans publicité - a cessé sa parution après trois mois d'existence12 numéros, et une enquête controversée sur Nicolas Hulot, objet d'une plainte pour viol en 2008, classée sans suite.
" Le rendez-vous a été manqué avec les lecteurs " a déclaré Laurent Beccaria, son fondateur, DG de Rollin Publications, dirigeant des éditions Les Arènes
L'Ebdo vendu 3,50 € voulait faire reposer son équilibre financier sur un objectif de 90.000 ventes, (70.000 abonnements et 20.000 ventes en kiosque). Son lancement avait été possible grâce à une campagne de financement participatif de 400.000 €, un budget de 15 M€ et 8.300 pré-abonnés. Mais, après quatre numéros il vendait seulement 7.500 ex. en kiosque et a perdu une partie de ses 8.000 abonnés du lancement.
Le groupe Bayard avait noué un partenariat pour gérer la vente au numéro avec une participation de 5 % dans le capital.
Patrick de Saint-Exupéry, co-rédacteur en chef, animait depuis plus de dix ans la revue XXI éditée par Les Arènes. 
Des investisseurs, insatisfaits des premiers résultats, ont préféré annuler leur participation. 

(Lire Le Point du 10/1/2018 sur les nouveaux médias : Ebdo, Vraiment, Loopsider, Le Média, La France Libre TV, AOC, etc.)

> VRAIMENT

Lancé en kiosque le 21 mars 2018, l'hebdomadaire Vraiment a suspendu sa parution début mai, deux mois après son lancement. Son objectif  ambitieux était d'atteindre les 400.000 exemplaires par semaine et devenir le journal référence des 30-40 ans. Ses ventes étaient seulement de 5.000 exemplaires. Le premier numéro, au prix de 4,50 €, n'avait été diffusé qu'à 18.000 exemplaires.
Ce news magazine avait été lancé par Jules Lavie, Julien Mendez et Julie Morel, deux anciens conseillers du ministère de l'économie occupé par E. Macron puis M. Sapin.

DANS LA PQR


> GROUPE CENTRE FRANCE : depuis 2017, le groupe auvergnat dispose d'une structure qui lui garantit son indépendance.
42 % des parts (non cessibles) sont détenues par la fondation Varenne
46 % par la SAS Holding Montagne Centre France, présidée par Edith Caillard, veuve de l'ancien PDG Jean-Pierre Caillard.
12 % par la société coopérative auxiliaire du Crédit Agricole du Centre

En 2010, le groupe Nouvelle République a été sauvé par le groupe Centre France devenu actionnaire à hauteur de 16 %. Après avoir racheté plusieurs départementaux, le groupe "auvergnat" arrive au bout de sa logique de continuité géographique


> POUR EN SAVOIR PLUS...


Médias - Les nouveaux empires : Amaury DE ROCHEGONDE et Richard SENEJOUX (First Document, 2017)

Qui a tué la presse écrite ? Emission de Sonia DEVILLERS, sur France Inter, fin 2012
Invités : Jean Stern (journaliste) et Emmanuel Schwartzenberg (journaliste économique et politique)

L'avenir de la presse est-il écrit ? Emission de Guillaume ERNER, sur France Inter, janvier 2013
Invités : Patrick de Saint- Exupéry (grand reporter, cofondateur de la revue XXI), Pascal Riché (cofondateur et rédacteur en chef du site « Rue 89 », Vincent Glad (chroniqueur au « Grang Journal ») et Bernard Guetta (journaliste, en charge de la chronique Géopolitique) 

Wan Ifra : Association mondiale des Journaux et des Editeurs de Médias d'Information

Qui possède quoi ? Carte mise à jour du Monde diplomatique

Les aides à la presse : le site du ministère de la Culture

Sur la crise de la distribution : les spécificités françaises  (La Croix 26.1.2018)

Comment les médias peuvent-ils améliorer la société française ? (L'Observatoire des Médias 9.10.2019) 

Quelles solutions nouvelles pour la presse écrite ? (Master Class CFJ Alumni 3.12.2020)

Groupes de presse et médias français : six mois d’actualité à retenir

La bonne connaissance du monde des médias est une impérieuse nécessité pour celles et ceux qui veulent faire du journalisme leur métier.  Lo...